Les Aero Ektar constituent une gamme d’objectifs produit par Eastman Kodak Company durant la seconde guerre mondiale. Ces objectifs équipaient des appareils photographiques de reconnaissance aérienne dans divers formats, pilotés manuellement ou électriquement depuis un compartiment d’observateur ou de bombardier. Les photographies réalisées étaient simples ou doublées, le déplacement de l’avion créant ainsi une image stéréoscopique des territoires survolés.

 

 

L’objectif qui nous intéresse est le 178mm f/2.5, qui équipait les appareils K24. Ces appareils utilisaient des films en rouleau de 5 inch de largeur, afin d’obtenir des clichés carrés de 5X5 inch.  La planéité du film était assuré par un dispositif pneumatique d’aspiration à travers le presse film, couplé au déclencheur.

 

Ces objectifs, de type Gauss, constituaient une prouesse technologique rendue possible par l’effort de guerre soutenu des USA. L’invention du traitement anti-reflet, permit le traitement optique des lentilles dès 1942 , et l’adjonction de thorium et de lanthane dans le verre permit d’améliorer encore les performances optiques. (Malgré les discours alarmistes que l’on peut trouver sur le net, les taux  de radiations dégagés et mesurés par ces objectifs sont les mêmes qu’un bon vieux granit breton.)

 

La guerre terminée, de nombreux objectifs allaient se retrouver dans les surplus militaires. Beaucoup de photographes, devant faire face à la lenteur des émulsions photographiques de l’époque, les achetèrent à vil prix afin de les installer sur leur Speed Graphic.

L’avantage majeur du Speed Graphic sur d’autres appareils de presse est qu’il possède un obturateur à plan focal intégré dans  le dos de l’appareil, permettant d’effectuer des instantanés de 1/30s à 1/1000s plus la pose, ainsi que dans le cas des télémètres Kalart  fixés latéralement, la possibilité de coupler tout objectif de 90 à 210mm de focale.

 

Ce n’est assez récemment, que ce type de montage a été redécouvert par des photographes comme David Burnett. Il a utilisé un Speed Graphic et un Aero Ektar  pour photographier la campagne de John Kerry, ainsi que les ravages occasionnés par l’ouragan Rita à la Nouvelle Orléans.

©David Burnett - 2006

Fuji 160s film, 125th@ f/4.5 aero ektar

La bonne luminosité de cet objectif, comparé à un objectif de chambre classique, en font un compagnon de choix pour la prise de vue à main levée. Sa très faible profondeur de champ naturelle est un élément créatif indubitable surtout lorsque l’on utilise la bascule arrière, avec la création de flous oniriques très intéressants.

 

Identification de l’année de fabrication : CAMEROSITY = 1234567890 Un objectif marqué EEXXX correspond à une date de fabrication de 1944.

 

 Poids objectif nu : 1.8kg environ. Poids de l’appareil complet : 4.3 kgs.

 

 

L’adaptation sur l’appareil est le point crucial. Diverses possibilités sont envisageables mais la plus rationnelle est la confection d’une bague d’appui entre l’objectif et la planchette, ainsi que d’une bague vissante arrière. Sur la série des Speed Graphic Pacemaker, l’objectif ne rentre pas dans la platine porte objectif, et il faut l’agrandir. L’ensemble est à manipuler ensuite avec soin, car l’objectif, à cause de son poids, peut rapidement vous entrainer le rail de mise au point et tout ce qu’il supporte, avec une forte inertie, si vous ne l’avez pas verrouillé.

 

Les instantanés se font mouvements au neutre, la bascule nécessitant impérativement un pied. Les vitesses théoriques affichées par mon Speed Graphic ont été testés et sont parfois pessimistes ou optimistes, c’est selon. Sur l’Anniversary, il faut utiliser le tableau suivant :

Sur la colonne de gauche, se trouvent des repères de tension. Une molette, fixée sur le côté de l’appareil, vous permet de régler 6 tensions différentes du ressort maître d’obturateur.  Le choix de 4 tailles d’ouverture du rideau d’obturateur, A, B, C, D vous permettent d’obtenir toute une combinaison possible de vitesses. En réalité, je ne me sers que de la tension N°1, les vitesses réelles A, B, C, D étant réellement de 1/30, 1/80, 1/180, 1/380s.

 

INTRODUCTION

REDECOUVERTE

UN AUTRE MONDE

C’est le sentiment que l’on éprouve lorsque l’on regarde dans le dépoli. C’est difficile à exprimer. Tout est tellement transformé. Evidemment, la mise en œuvre est pénible, la matériel est lourd, on passe pour un dinosaure, un hurluberlu, un passéiste, au choix c’est selon. Mais laissons dire. Mon exemplaire personnel, tel qu’il se présente aujourd’hui. Si vous avez bien retenu la leçon du Camerosity vous constaterez que mon objectif date de 1942.

VUE PARTIELLE DE L’AUTRE MONDE

A tension 6 et fente D, c'est-à-dire au maximum, on a environ 1/550s, ce qui est déjà bien pour un sexagénaire.

 

Lors du déclenchement, le rideau et sa très forte inertie font trembler tout l’appareil. Sur les hautes vitesses, ce n’est pas sensible à la prise de vue. Par contre, au 1/30s, il vaut mieux un pied, et j’envisage de d’installer un écrou de pied déporté vers l’avant de l’appareil afin de mieux répartir le centre de gravité.

R N°9

 

TXP320, 1/380s @ f/4

L’évêché 2007

 

Pola type 55, erreur de manip’ (voilé)

Cimetière de Louyat, Limoges, 2007

 

Avec l’aimable autorisation du service funéraire de Limoges.

 

FP4+, 1/380s f/4

L’évêché 2007

 

Fp4+ 1/380s f/2.5

L’évêché 2007

 

Fp4+ 1/80s f/4

L’évêché 2007

 

Fp4+ 1/380s f/4