La Grand-mère d’Amélie

 

Elle avait découvert la joie du travail à 12 ans dans une conserverie de Concarneau.

 

Elle nous contait comment une fois rentrés à la maison les femmes, en hiver, brodaient en se faisaient passer une chaufferette, chacune à leur tour, qu'elles plaçaient sur leurs genoux.

 

 Elle nous avait raconté l’évacuation de Lorient, puis le retour au milieu des décombres, avec des petits arbres et de l’herbe qui recommençait à pousser sur les tas de gravats. Elle pouvait nous dire où se trouvait aussi les bâtiments que les bombes avaient épargnés, mais que l’urbanisme d’après-guerre avait détruit, le pont, la mairie, et toutes ces petits choses oubliées.

 

 Elle nous avait parlé de lorsque toute la famille habitait à Dakar, et le bonheur de cette vie.

 

 Elle avait vu mourir son mari, âgé, d’un cancer, et vivait seule dans sa maison de Lorient, où quelques souvenirs heureux et poussiéreux ornait une belle salle à manger des années 60. Le frigo, sublîme, d’époque, imposait le respect et la bonne conservation du légume frais de son doux ronron quadragénaire. Tout paraissait encore comme avant, comme lorsque le bonheur était encore là…

 

  Elle avait eu 3 enfants : Le père d’Amélie, toujours vivant, était le cadet. Une belle jeune fille brillante, et pleine d'avenir, décédée d'une erreur médicale, dans la fleur de l'âge, juste avant de se marier, fut son second enfant. Enfin, le fils ainé, de son côté, sitôt marié, s’était brouillé avec ses parents, mais il était revenu mourir devant la porte de sa mère, seul, malade du cancer, et désargenté.

 

 Quand la grand-mère parlait de sa fille, ce n’était pas une bouche qui parlait, c’était une cicatrice encore ouverte, profonde, inconsolable et meurtrie.

 

Cette vieille femme encore bien mise, et digne, semblait infuser la tristesse.. Et cette douleur apparente se faisait d’autant plus sentir, lorsqu’elle appelait par mégarde sa petite fille par le prénom de sa fille morte.

 

 Pourtant, lors d’occasions simples et gaies, cette femme avait parfois le visage qui s’éclairait soudainement, comme un phare improbable à un marin perdu dans la pénombre. Quand elle nous voyait sourire, et rire, de sa bouche soudain transformée, elle nous disait : « profitez mes enfants, profitez bien ! »

 

 Cette femme aujourd’hui perdue de vue, par les aléas de la vie, doit être morte elle aussi. J’espère qu’elle dort en paix maintenant.

 

 

Projet d’un improbable hydravion destiné à m’emmener loin d’un cours de maths, 2001

Ci-dessous : Voilà ce qui arrive quand on lit pendant 15 jours d’affilé du Poe, du Maupassant, et du Hoffman… Dès qu’on a un crayon et une feuille de papier, ça donne ça...

Un Loockeed P38 Lightning croqué en 2 minutes, de tête, toujours en maths, 2001

La fin du voyage, 2002

Voilà; Fin du 1er volet, j’espère pouvoir continuer régulièrement ce travail de création et d’exhumation. J’ai retrouvé plein de trucs, je suis très heureux de me replonger dans tout cela, une pensée émue pour tous les amis du lycée, où qu’ils soient aujourd’hui, à toi Jeanne, Aurore, Robin, Olivier, Etienne, Marine, Yann, Nans, Nicolas, et les autres, et à ce monde rêvé que nous imaginions pouvoir avoir alors.

Quel foutoir !

Et c’est pas rien de l’écrire !

MAJ 09/07/2008